La promesse

Dans ce conte qui se déroule dans le Tamil Nadu de nos jours, écrit par la Présidente de la Fondation Maria Elena Cuomo et inspiré des nos projets d’éducation basés dans le sous-continent, seuls les prénoms sont fictifs…

Karima a dix ans et de longues tresses noires épaisses et brillantes, tenues en ordre par des rubans qui ressemblent aux fleurs charnues pleines de pétales. Elle arbore un sourire d’une blancheur aveuglante. Sa peau est de soie. Elle n’en sait rien mais son père l’a déjà promise à Ahmed, 10 ans de son aîné, fils unique de leur voisine restée veuve très jeune.

Karima n’a jamais vu ni aperçu Ahmed, ne sait même pas qu’il existe ! Elle va à l’école avec succès et insouciance, s’amuse avec ses amies. Elle est vivace, curieuse. Les yeux pétillants à la recherche de quelque chose qui la fasse vibrer, elle s’interroge sur la nature, le cosmos, le ciel, la terre, les étoiles, la loi de gravité… Elle veut en fait devenir ingénieur aéronautique. Les étoiles filantes l’hypnotisent, tout comme la voie lactée, le Grand char ou Vénus, déesse d’Amour.

Elle passe ses examens et intègre une prestigieuse Université indienne. Mais sa culture et les traditions la rattrapent. Elle a maintenant 18 ans et la promesse de son père doit être maintenue. Elle doit donc se marier. Et mes études ? s’interroge-t-elle. Et mes rêves de carrière ? Karima pleure. Sa maman, déjà souffrant d’une dépression, tombe dans le désespoir et ne bouge plus de son lit. Karima doit donc s’occuper d’elle, de son père, de son frère, de la vaisselle et du ménage, en plus de ses études compliquées et exigeantes… et maintenant d’un mariage qu’elle ne voulait pas.

Malheur !

Ahmed, contre toute attente, viendra inopinément sauver la situation qui ressemblait déjà à une tragédie grecque. Lui est resté orphelin de père très petit et a vite compris qu’il devait chercher un travail pour aider sa mère malade. Il a donc abandonné ses études et a commencé à travailler comme un acharné très jeune.

Ahmed n’a jamais vu ou entrevu Karima non plus. Malgré ses séjours dans le Golfe et aux Etats-Unis, il est lui aussi rattrapé par sa culture. A presque 30 ans, il lui est grand temps de se marier et avoir enfin un enfant. Sa mère est mourante et son désir est de voir, avant de quitter ce bas monde, son fils avec une femme digne qui lui donnera une progéniture.

Le mariage est organisé en deux temps trois mouvements.

Enfant, Ahmed avait un rêve, celui de devenir ingénieur aéronautique. Comme par miracle, aujourd’hui il voit son rêve devenir réalité à travers sa future épouse Karima. Il l’aidera dans ses études, sera toujours à côté d’elle pour l’encourager même si après le mariage Ahmed devra repartir sur la côte Atlantique où il travaille. Loin des yeux mais pas du coeur…

Karima continuera à vivre avec son père, sa mère malade, et pourquoi pas avec le bébé qui arrivera. Une choses est sûr : elle continuera à fréquenter l’Université avec le même enthousiasme et l’ardeur qui l’animent depuis son plus tendre âge. Elle ira jusqu’au bout de ses rêves.

Voilà un « happy end » inattendu qui défie tous les clichés. Mes congratulations à Karima et à Ahmed qui m’ont donné la possibilité d’écrire cette histoire d’Amour atypique qui déjoue les pronostics. Bravo !

Volonté, Succès.

Merci.

-Maria Elena Cuomo